Je ne viens pas te parler de mon blog et de ma tenue du jour.
Non non, je me pose la 30 secondes parce que j’ai comme un malaise.
Il faut que je t’explique ce qu’il se passe.
Si toi aussi tu écoutais : « J’ai mal au mic », « Belsunce breakdown » et que tu te repassais en boucle l’album : « A force de vivre » ou encore : « Rock the boat ». Alors on fait partie de la même génération.

On est un soir d’octobre, l’été a décidé de rester un peu parmi nous. On a ni trop froid, ni trop chaud, l’actualité n’est pas fun mais les esprits sont légers alors quoi de mieux qu’un petit ciné ?

La séance est tout de suite choisie : « DETROIT ».
Fin des années 60, la crise raciale aux US, je te mets dans le contexte.
Tout au long du film tu suis différents personnages puis vient l’émotion, tu ressens de l’injustice, tu entends du « négro » par ci par la.
Tu en vois certains se faire tabasser gratuitement, d’autres qui se font tuer gratuitement aussi. Horrifiant et normal, rien de bien neuf.
Tu vois les familles, tu ressens l’atmosphère pesante et tu te dis que c’était le quotidien de ces personnes. Puis à un moment donné tu ne sais pas pourquoi, tu essuies une larme sur ta joue, puis une deuxième.
Des policiers font vivre un enfer et tuent 3 noirs dans un hôtel, ces derniers ressortent du tribunal libres comme l’air. Puis vient le générique de fin.

Tu bois une rasade de coca.
Mais ça ne passe pas en fait, il y a quelque chose qui reste en travers de la gorge.
Tu as envie de sortir de la séance de cinéma et te dire avec soulagement : « Quel passé horrible ! » mais non.
Non. Tu ne peux pas parce qu’en France et ailleurs en 2017, il se passe la même chose.
50 ans plus tard on peut dire ce qu’on veut, ça n’a pas beaucoup évolué.

Des noirs se font tuer parce qu’ils sont noirs.

Adama Traoré ? ça te parle ? Non ça ne te dit rien ?
Pour te la faire très courte, c’est un jeune homme qui a été retrouvé mort asphyxié, face contre terre, mains menottées dans le dos dans la cour de la gendarmerie de Persan.
L’affaire est dans les mains des tribunaux et la sœur Assa qui se bat jour et nuit pour dénoncer cette histoire en mémoire de son frère reçoit des menaces de mort.

Bah quoi ? On est en France en 2017.
Passionnée par cette émission, oui j’aimerais entendre Mr Fabrice Drouelle à 15h, un jour sur : « Affaires Sensibles » parler de cette histoire.
Car cette affaire ,elle est plus que sensible, on la croirait censurée.

J’avais un prof de philo qui disait : « Il faut pas trop parler après une séance de cinéma parce qu’on s’exprime mal, on est dans le sentiment. »
Très bien, qu’il en soit ainsi, je suis dans le sentiment à l’heure où je t’écris.

Passe ton chemin si tu cherches à crier : « victimisation ». Il ne s’agit pas de cela et je ne véhicule aucune haine. Mes parents sont blancs, adoptée à l’âge de trois mois, ils ont traversé les frontières pour venir me chercher à la pouponnière de Dakar. Celle qui m’a donné la vie ne pouvait pas s’occuper de moi, alors ce couple m’a pris sous son aile et m’a porté dans son cœur le premier instant où ils ont posé les yeux sur moi.

Juste j’aimerais comprendre pourquoi. Pourquoi tant de haine ? De mépris ?
Tu as les cheveux lisses, les miens sont crépus, tu as les yeux clairs et les miens sont foncés. Il y a autant de différences entre un scandinave et un espagnol qu’entre un africain de l’est et de l’ouest.

Egal à égal, tel sera le discours que je tiendrai à mes enfants métisses.
Sinon comment leur expliquer que les deux parties qui les composent s’entretuent et se font la guerre depuis des siècles ? Comment grandir et se construire face à une telle contradiction?

Oui désolé aujourd’hui ce n’est pas fun, je t’épargne le #fashion et #ootd parce qu’il faut savoir dénoncer ce qui ne va pas. Savoir dire ce qui nous fait régresser en tant qu’humain et ouvrir les yeux pour mieux avancer.

A 30 balais, toi ma génération, on en a encore du chemin à faire.

L.

Justice pour Adama